« Kote moun yo», un spectacle à encourager

Ecole normale supérieure (ENS). 18 mars 2008. 9 jours seulement avant la célébration de la 47e journée mondiale du théâtre. Le Cercle Gramsci de la Faculté des sciences humaines (FASCH) marque cette date avec une création théâtrale intitulée « Kote moun yo », mise en scène par Gilot Jean Davidson, Wilson Jean- Baptiste et Chedler Guilloux.

Environ une vingtaine de comédiens, tous étudiants à la FASCH, investissent l’auditorium de l’Ecole normale supérieure pour célébrer cette Journée mondiale du théâtre à leur manière. L’auditorium n’est pas encore disponible. Un professeur de Paris 8 l’occupe encore. On l’attend… Enfin, on va maintenant pouvoir commencer.
Une scène décorée avec un rideau noir tendu d’un mur à l’autre pour faciliter les changements de costumes. Deux petits projecteurs. Une musique de Bob Marley. Des gens, avec beaucoup d’impatience, attendent le spectacle. Selon une affiche collée à la barrière principale, il devrait commencer à 4 h p.m. Des applaudissements, comme pour indiquer aux comédiens qu’il est enfin tant d’entrer en scène.

La salle, plongée dans le noir, bercée par de petites flammes de bougies que l’on voit à peine, a l’allure d’un temple mystique. Un temple du vaudou. Des roulements de tambours. Des tambours qui mêlent leur voix avec celles de ces petites flammes de bougies que l’on voit à peine pour raconter la douleur et les blessures de l’homme, l’Haïtien. Une voix de femme entonne un chant de solitude, un chant qui vient du fond de la salle avec les blessures de l’Haïtien, un chant qui dit :

« Boukmann O! Nou nonmen non w
Nou pa detounen w…
Nou pat fè bwakayiman pou sèvi etranje. »

Et les comédiens s’avancent, confondent aussi leurs voix avec celles des tambours, celles de ces petites flammes de bougies que l’on voit à peine, reprennent en choeur ce chant de solitude, ce chant d’un peuple bafoué, trahi.

Les hommes sont torses nus, la poitrine tatouée de vêvê ou de slogans tandis que les femmes s’enveloppent de grandes robes blanches. Ils s’avancent jusqu’à la scène, en passant au milieu des spectateurs.

« Kote moun yo », c’est un spectacle contre l’impérialisme américain, contre les organisations mondiales, le FMI plus particulièrement, contre l’exploitation de l’homme par l’homme, la privatisation, l’occupation, la faim, l’insécurité, la misère, le chômage… à travers la danse, le chant, la poésie, des jeux scéniques et d’onomatopées. Les comédiens utilisent des textes d’écrivains contemporains tels René Philoctète, Georges Castera, Jacques Prévert, Frankétienne, Félix Morisseau Leroy. D’autres textes sont de Wilson Jean-Baptiste, l’un des responsables du Cercle Gramsci. Il faut préciser que certains textes n’ont parfois qu’un lointain rapport avec le message qu’ils véhiculent.

Les comédiens – Les spectateurs

Les comédiens ne sont pas des professionnels. Ils n’ont parfois aucune maîtrise de la scène. Problèmes de pauses, d’intonation, de rythme, d’émotion. Toutefois, Il faut les féliciter pour leur projection et leur articulation.

C’est étonnant de voir des comédiens-tambourineurs qui se détachent complètement du jeu scénique, qui parlent et répondent au téléphone quand bon leur semble. C’est vraiment inadmissible de voir un comédien-tambourineur qui laisse la scène en plein spectacle, en pleine performance d’acteurs, pour aller à plus de 100 mètres accorder son tambour à coup de pierre. C’est terrible. Il n’y a pas de gestes gratuits dans le théâtre. Le moindre geste doit vouloir dire quelque chose.

Le spectacle atteint son apogée quand Gilot Jean Davidson et Chedler Guilloux, tous deux comédiens professionnels, anciens comédiens de la troupe « Nous » et de « l’Atelier Le Vide », font leur apparition. Ils ont tout chamboulé. Tout reprend son sens. On croit assister à quelque chose d’autre. Un spectacle dans le spectacle. Vivant. Les spectateurs à leur tour confondent leur voix à celles des deux comédiens, celles des tambours, celles de ces petites flammes de bougies que l’on voit à peine pour crier en un jeu d’ensemble :

« Peyi a ale l prale… »

Selon Jimmyka Laurent, comédien, étudiant à la FASCH, membre du Cercle Gramsci, ce spectacle a été préparé en un mois à peine. Selon lui, ils peuvent faire mieux la prochaine fois.

Pour Lesly Giordanie et Harry Jean de la bibliothèque Justin Lhérisson, c’est un spectacle à encourager dans la mesure où cela devrait être une initiative de la part du rectorat d’implanter au sein de l’UEH des programmes socioculturels. Par contre, ils veulent donner leur contribution, via la bibliothèque Justin Lhérisson, en travaillant avec ces comédiens pour un prochain spectacle.

Malgré ses imperfections, le spectacle est une réussite selon l’avis des spectateurs. Mais peu importe, il ne suffit pas seulement de regarder, savoir apprécier, c’est autre chose.

Fred Edson Lafortune.

Ce texte a été publié pour la première fois dans Le Nouvelliste du 20 mars 2008

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About EchoCulture.org

Echo Culture, créée en juin 2011 à Providence, Rhode Island (USA), est une association haitienne d’échanges culturelles, apolitique et à but non lucratif. Elle a pour mission de promouvoir l’art et la culture à travers des manifestations culturelles comme la danse, le theatre, la peinture et la litterature.

Posted on 10 December 2011, in French Literature. Bookmark the permalink. Leave a comment.

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