De la vie sur Mars…

Voici trois mois que la sonde américaine Curiosity explore le cratère Gale. Curiosity a déjà parcouru quelques centaines de mètres, et fait désormais face aux contreforts de l’impressionnant Aeolis mons. Photo Nasa.

C’était en 1976. Le 20 juillet, puis le 3 septembre, les sondes Viking 1 et Viking 2 s’étaient, pour la première fois, posées sur la planète Mars… Les images des plaines de Chryse et d’Utopia, transmises par les caméras des deux sondes américaines, avaient, tout à la fois, fasciné et déçu… Fasciné parce que pour la première fois, étaient dévoilés les paysages de la planète rouge, un monde en apparence si proche de la Terre. Déçu, parce que ces paysages s’étaient révélés totalement, absolument, désespérément désertiques. Or, ce que venaient chercher les Viking sur Mars, c’était, explicitement, des traces de vie… En plus de leurs caméras et de leurs stations météo, les Viking embarquaient des laboratoires de chimie miniatures, destinés à analyser des échantillons de roches martiennes, et découvrir si la vie existait sur Mars. On l’a oublié aujourd’hui, mais à l’époque, les chercheurs et le grand public espéraient encore qu’une forme de vie martienne serait peut-être directement visible à la surface de la planète rouge, sous forme de lichens, de végétaux, de sortes de coraux, pourquoi pas… Rappelons-nous : à l’époque, l’antenne géante d’Arecibo envoyait des messages à destination des extraterrestres habitant l’amas d’Hercule, les sondes Pioneer et Voyager étaient munies de cartes d’identité de la Terre et de ses habitants à l’intention des civilisations intergalactiques qu’elles rencontreraient sûrement au large d’une étoile… Et, même si la vie martienne avait dramatiquement dévolué depuis le temps des célèbres « canaux » de Percival Lowell ou celui des vagues de soucoupes volantes déferlant lors des oppositions entre la planète rouge et la planète bleue, on rêvait encore, en lisant Cosmos, de Carl Sagan, de formes relativement évoluées de vie sur Mars…

C’est la sonde américaine Viking 1 qui, pour la première fois, a révélé le paysage martien. Viking 1 a transmis des images et des données météo en direct de la plaine de Chryse entre 1976 et 1982. Photo Nasa.

Viking 2 s’est posée en septembre 1976 dans la plaine d’Utopia. La sonde a fonctionné jusqu’en 1980. Photo Nasa.

Las ! Les caméras des Viking ne révélèrent rien de tel, et il fallut attendre les résultats des analyses chimiques des expériences biologiques (Pyrolytic ReleaseGaz ExchangeLabeled Release,GC-MS) pour garder l’espoir que la vie martienne, bien dissimulée derrière les cailloux, existait bel et bien. La conception des expériences était simple : il s’agissait d’alimenter les bactéries martiennes avec des nutriments et d’analyser leurs réactions métaboliques… Mais non, il a fallu déchanter très vite, les quatre expériences, en effet, avaient fonctionné, mais donné des résultats décevants, ambigüs. Si les tenants de la vie martienne considéraient les résultats des analyses comme la preuve d’une activité biologique, les scientifiques plus sceptiques – plus lucides ? – y voyaient au contraire de simples réactions chimiques… Très vite, la majorité des chercheurs s’est rendue à l’hypothèse la plus simple et la plus rationnelle : les deux sondes Viking n’avaient, à 6500 kilomètres l’une de l’autre, découvert aucune trace de vie martienne. Pour mesurer l’immense déception des scientifiques, il suffit de considérer, avec du recul, l’histoire de l’exploration de la planète rouge… Entre 1960 et 1976, en 16 ans23 sondes furent lancées vers Mars. Entre 1976 et 1988, soit pendant 12 ansaucune !
Et puis, progressivement, l’espoir est revenu, des exobiologistes ont remis en cause les expériences des Viking, désormais considérées comme mal conçues, ou bien trop peu sensibles. Certains ont même hasardé que finalement, elles auraient bien détecté de la vie sur Mars, mais qu’elles auraient été mal interprétées !

C’est seulement en 1997 qu’une nouvelle sonde de la Nasa s’est posée sur Mars. Trois mois, durant, Ares Vallis a été photographiée par Mars Pathfinder. Photo Nasa.

Alors, une nouvelle vague de sondes, dans les années 90 et 2000, est repartie vers Mars. Et lorsque de grandes quantités d’eau, sous forme de glace, ont été découvertes dans le sous-sol martien, quand des coulées contemporaines de liquide (sauf si il s’agit de coulées sèches, de CO2 par exemple), peut-être des saumures, ont été trouvées, les résultats peu encourageants des Viking ont été vite oubliés et la recherche de la vie sur Mars, est repartie de plus belle, jusqu’à son acmé : la mission Curiosity, un « Viking » au superlatif. Curiosity a été conçue, comme Viking voici quarante ans, pour découvrir d’éventuelles formes de vie passées ou présentes sur Mars. Pour cela, la sonde a été envoyée dans une région, le cratère Gale, pressentie comme favorable à cette quête.

Entre 2004 et 2010, le robot mobile Spirit a exploré le cratère Gusev. Photo Nasa.

Depuis janvier 2004, la sonde Opportunity explore Meridiani Planum. L’engin, mu par des batteries rechargées par des panneaux solaires, jouit d’une longévité exceptionnelle : fin 2012, elle fonctionne encore, après plus de 35 km parcourus dans le désert martien. Photo Nasa.

De fait, Curiosity, qui s’est posée sur Mars voici trois mois, a déjà découvert un ancien lit de torrent martien, mais asséché depuis pas mal de temps, probablement des milliards d’années… Voilà pour les bonnes nouvelles. Les mauvaises, maintenant : la dernière découverte de Curiosity rappelle Viking au bon souvenir des biologistes. En effet, la grande sonde américaine, comme sa devancière, a commencé à chercher des « traceurs » d’une possible vie martienne ; en l’espèce, du méthane, un gaz qui sur Terre est le produit principal – à 90 % environ – de l’activité biologique de notre planète. La découverte de méthane martien, en 2004, par la sonde européenne Mars Express, avait soulevé d’immenses espoirs : il pourrait s’agir de la production de bactéries cachées dans le sous-sol. Ce méthane, fragile, découvert au dessus de certains « spots », comme Elysium Planitia, ne peut pas perdurer longtemps dans l’atmosphère martienne, et est donc forcément produit actuellement. Pour compliquer le tout, la quantité de méthane sur Mars est variable ! De quoi alimenter spéculations ou fantasmes…

En mai 2008, la sonde Phoenix s’est posée dans Vastistas Borealis, à la fin du printemps martien. A la très haute latitude du site d’atterrissage, 68 degrés Nord, Phoenix a mesuré des températures oscillant entre -19,6 °C et -97,7 °C. Photo Nasa.

Évidemment, les instruments ultrasensibles de Curiosity sont conçus pour détecter, entre autres, des traces de méthane dans l’atmosphère martienne. Les mesures de l’instrument SAM (Sample Analysis at Mars) ont donné la composition atmosphérique suivante, sur Mars, aujourd’hui, c’est à dire au début du printemps : 95,9 % de dioxyde de carbone, 2,0 % d’argon, 1,9 % d’azote, 0,14 % d’oxygène, 0,06 % de monoxyde de carbone, des traces de vapeur d’eau et de monoxyde d’azote et… pas la moindre trace de méthane ! C’est peu de dire que les chercheurs ont été déçus… Mais on ne décourage pas comme ça un savant américain, surtout quand il est question de chercher de la vie dans l’Univers. Arguant que la quantité de méthane atmosphérique, sur Mars, est variable, les chercheurs de la Nasa vont refaire une analyse, dans les mois qui viennent, au cas où les bactéries martiennes auraient décidé de se faire connaître.
Mais au fait, si Curiosity détectait finalement une source de méthane, dans le cratère Gale, cela signifierait-il que Mars est habitée ? Non… Car il existe, aussi, des processus purement chimiques, liés à l’interaction de l’eau avec certains minéraux, qui peuvent produire du méthane. On en revient à Viking, dont les expériences n’avaient pas permis de formellement infirmer l’hypothèse d’une vie martienne. Leurs résultats en clair-obscur offraient toutes les interprétations et exégèses possibles aux exobiologistes. Curiosity, trente ans plus tard, sera t-elle plus chanceuse ?

Serge Brunier

La sonde Curiosity s’est posée sur Mars en août 2012. Les scientifiques espèrent qu’elle pourra étudier la planète plusieurs années, comme Viking, Spirit et Opportunity avant elle. Photo Nasa.

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Echo Culture, créée en juin 2011 à Providence, Rhode Island (USA), est une association haitienne d’échanges culturelles, apolitique et à but non lucratif. Elle a pour mission de promouvoir l’art et la culture à travers des manifestations culturelles comme la danse, le theatre, la peinture et la litterature.

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